Haïti : une opposition politique en opposition avec elle-même

By | 10 novembre 2019
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Si cette opposition jouait son rôle à l’unisson, ce régime caractérisé par toutes les reproches serait déjà anéanti. 
Tout système où règne la démocratie connait le pluralisme idéologique comme l’un des caractères fondamentaux. Haïti, pays démocratique quand-même, admet, malgré tout, ce caractère qui participe à la sculpture de la démocratie de concert avec l’organisation des élections, la liberté d’expression, l’État de droit etc. 

Depuis 1986, Haïti a opté pour un changement de régime. Sortant d’une férocité extrême, elle a embrassé certains aspects de cette férocité, niant le maintien sans condition du pouvoir et d’autres points relatifs à la démocratie. Cette rupture n’a toutefois pas rendu effective la démocratie sur le territoire nationale. Nous pourrions aussi nous questionner sur la possibilité d’effectivité de la démocratie, même quand elle s’avère dictature de la loi, elle reste, comme dit l’autre, le pire des régimes dont point d’autres. Donc, sur la terre de Dessalines, le changement en superficiel qui a pondu cette nouvelle constitution n’a fait que permettre à tous d’avoir accès au pouvoir. Naît, ici, alors, l’envie des autres du pouvoir pour mettre en oeuvre leur façon de voir le changement. Pendant que le Président tâtonne, l’opposition détonne dans les rues. 

Aujourd’hui, avec un président sans issu au pouvoir, l’opposition n’a pas de chant phare. Tous les refrains utilisés ne se rejoignent pas à la circonstance. Si le pouvoir exécutif est bicéphale, celui législatif est bicaméral, ce qui prévaut leur capacité de travailler en synergie. L’opposition, de son côté, est, à observer son organisation, multipartite. Chacun tire la corde de son côté. Autant de partis politiques qui se réclament opposants, autant de stratagèmes envisagés pour faire couler le bateau creux présidentiel. Chacun saisit de deux mains une alternative d’après Jovenel Moïse. Chaque leader se veut le leader de ce changement systémique qui est devenu refrain de la chanson médiatique. Jean-Monard Métellus, Valery Numa, Garry Pierre Paul Charles, Emmanuel Jean-François, Carl Dieudonné ainsi que d’autres directeurs d’opinions accueillent la nécessité de changement du système. Mais qu’en est-il des intérêts des politiciens, si ces politiciens sont aussi éléments du système ? 

Nous sommes d’accord que nul ne peut prétendre capable de changer ce système sans en avoir un maximum d’informations, d’où la nécessité d’être du système. Il est admis à tout politique d’avoir, en quelques sortes, certains intérêts qui le gardent en vie, son parti aussi. Par contre, la primauté du collectif sur l’individuel est d’ordre basique mais non considéré malheureusement. Chaque politique membre de l’opposition a une feuille de route. Toutes les feuilles de route sont différentes. Si le dialogue avec le Président ne peut être opéré, il est aussi évident qu’au sein même de ces opposants, le dialogue fait défaut. L’unique point commun des opposants est le renversement du pouvoir en place ou la prise du pouvoir, quoique l’objectif premier de tout parti politique en réside.

Par contre, il serait de bon ton aux opposants volant la chute de ce régime de s’unir et de se forger une feuille de route qui n’est pas limitée uniquement à la prise du pouvoir mais à une mise en place d’un projet de société, comme a élaboré le parti Organisation du Peuple en Lutte (OPL) et l’a proposé à chaque citoyen. 

De la configuration en grosso modo de l’Opposition multipartite, cette frange de la classe politique est composée de modérés, de radicaux et de novices. Les modérés sont la plupart ceux en quête de fonction de l’administration sans pour autant changer de personnages à la magistrature suprême de l’État. Ce sont ces politiques qui participent le plus souvent à la formation d’un gouvernement de cohabitation quand la légitimité du pouvoir en place est en jeu. Le terme “lalozeur” utilisé par l’ancien Sénateur Andris Riché est compatible à ces politiques. Ils ont un représentant dans presque tous les gouvernements. Certains, en contravention avec la loi, sont obligés de se filer pour être couverts d’immunité. C’en est aussi le cas pour certains sénateurs et anciens sénateurs bien connus. 

L’opposition qui est radicalisée est aussi constituée de certains politiques épinglés dans plusieurs dossiers louches et ne sont encore apparus par devant l’instance judiciaire concernée pour répondre aux accusations. En raison de la faiblesse de l’État, plus précisément le système judiciaire, ils vaquent à leur occupation et se cachent sous le discours facile “Pèsekisyon politik” pour échapper aux accusations. Il y a aussi de cette catégorie une minorité de politiques dont leurs noms ne sont épinglés dans aucun dossier. Certains de cette catégorie ne se prouvent pas encore puisqu’ils n’ont pas encore expérimenté l’administration publique. Quelques uns ont été membres de certains gouvernement et n’ont vraiment pas laissé traces pour douter de leurs gestions.

La dernière catégorie est composée de jeunes novices et entrepreneurs qui se lancent dans la politique. Il y a de ces jeunes nombreux qui s’emballent vraiment dans la lutte pour un changement réel. Par contre, les entrepreneurs qui se lancent dans la politique le font après avoir été victimes d’un événement ou d’une situation financière ayant rapport avec leur entreprise.

Venant d’horizons divers, les objectifs de ces opposants se joignent qu’au point relatif au renversement du Président de la République. La prise du pouvoir, l’intégration d’un gouvernement lors de sa formation, le chambardement du système en entier, la relance des activités entrepreneuriales, tels sont les divers objectifs opposés et différents qu’ont les membres de l’opposition. Tous dans une même position avec des raisons qui ne se joignent pas. 

Si, selon l’adage, la faiblesse du pouvoir rend forte l’opposition, ce n’est vraiment pas le cas en Haïti. L’opposition est frappée d’une carence de légitimité, de confiance. 
Advienne que pourra ! 

Abdias ALEXIS
 alexisabdias77@gmail

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