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À la suite d’une étude conjointe du MENFP et de l’Unicef parue en 2017, l’on sait désormais que plus de 500 000 enfants de 6 à 18 ans ne sont pas scolarisés en Haiti et que près de 1 million sont à risque de laisser l’école sans avoir fini. Les institutions scolaires privées se multipliant au détriment des écoles publiques, l’accès à l’éducation pour tous est freiné quand la scolarisation est payante dans un pays où la grande majorité des bourses sont percées. Cependant, il n’en demeure pas moins que scolarisé ou pas, chaque enfant veut atteindre son potentiel. James, issu des milieux reculés et défavorisés en Haiti, n’est pas le dernier à rêver. Petit Portrait…

Par Solidarité Laïque

James Lamy est un adolescent de 14 ans, en 5ème Année fondamentale et qui est le benjamin d’une fratrie composée de 4 garçons et 4 filles. James habite un des coins les plus reculés du département de la Grand ’Anse (Haïti), avec sa mère, commerçante et son père, cultivateur.  Il a quitté l’école nationale de Castache (commune de Marfranc dans la Grand’Anse), après le passage de l’ouragan Matthew qui a complètement détruit cette école.  L’enseignement après Matthew se dispensait dans des conditions déplorables. Les cours se faisaient dans des abris fait avec des bâches, qui laissaient filtrer la pluie et qui, en période sèche, occasionnaient une chaleur terrible, non propice à un apprentissage de qualité. Le rendement scolaire des élèves diminuait autant que l’effectif de l’école. James fut parmi les élèves qui choisirent de quitter l’institution publique. Souhaitant continuer son instruction, il décida de fréquenter une école plus près de chez lui, payante, qui n’a pas été trop endommagé par les ravages causés par le passage de l’ouragan.

L’école Nationale de Castache reconstruite, le garçon choisit d’y revenir, bien que pour rejoindre cette dernière, il lui faille marcher 1h à travers des chemins escarpés qui, en période pluvieuse, peuvent devenir glissants et dangereux. Une autre école étant à 10 minutes de chez lui, pourquoi tant d’efforts ? « Ma nouvelle école est belle », dit-il, des étoiles plein les yeux. Des salles de classe de cette institution ont été reconstruites grâce au projet « Timoun Retounen lekòl » qui vise le retour durable des enfants à l’école dans le Grand Sud d’Haiti. James aime son école et croit être plus disposé à apprendre dans une institution bien aérée et équipée, où il ne craint pas que de simples pluies interrompent les études pour lesquelles il se sacrifie tellement. Mais sa réintégration dans la pédagogie de l’institution ne se fait pas toute seule. La première étape (subdivision de l’année scolaire haïtienne), il a une moyenne de 6/10. En se consacrant beaucoup plus aux études, sa moyenne de la seconde étape grimpe vers les 9/10.

Ses matières préférées sont les mathématiques et le créole.  James aime énormément sa langue maternelle et la voit comme un très beau parler, qui lui permet déjà de seconder son professeur en aidant ses autres camarades à mieux assimiler leurs cours. Sa classe contient 28 enfants, dont 15 filles et 13 garçons. « J’adore mes camarades, dit-il. Dans ma nouvelle école, j’ai autant d’espace que je veux pour jouer avec eux. »

Les parents de James l’ont encouragé à réintégrer cette institution qui est une école publique et qui en prime, bénéficie du soutien du projet. En plus de la construction de 4 salles de classe, l’école est électrifiée et équipée de table-bancs. Des toilettes, des urinoirs et un dépôt ont été construits. Bien que venant de milieux défavorisés, ses parents essaient de lui fournir dans la mesure du possible, les matériels scolaires dont il a besoin pour faire une bonne scolarité. Reconnaissant, James a décidé que quand il sera professeur demain, il prendra soin de sa famille. Il leur permettra de vivre en milieu urbain et les laissera utiliser sa voiture.

James veut être instituteur, parce qu’il apprend d’un professeur et qu’il veut que d’autres apprennent comme lui. Pour cela, il s’applique toujours à l’école, sans pour autant devenir un bas-bleu et négliger toute activité de socialisation avec ses amis. Quand il sera grand, si son école a besoin d’être réhabilitée, il participera aux travaux. Il cible déjà les besoins de l’institution. Selon lui, « L’école nationale de Castache nécessiterait une clôture, plus de salles de classe afin d’accueillir plus d’enfants, une fontaine pour étancher la soif des enfants ». Le directeur de James, Jean Obène Pierre est heureux de compter un élève aussi studieux dans son école. Et c’est tout fier mais pragmatique, qu’il complète l’énumération de son élève au sujet des besoins de l’institution qu’il dirige. Jean Obène croit que l’école doit avoir une cantine scolaire, un espace de jeu plus sécuritaire. Il pense également que 2 salles de classe, préalablement réhabilitées lors d’un autre projet, doivent être améliorées. Ce directeur voit déjà les implications de la reconstruction de l’école dans le développement de la zone. En effet, l’électrification de l’école permet aux élèves de la communauté de Castache de continuer à travailler même quand il fait nuit, améliorant ainsi leurs résultats scolaires. Pour lui, l’éducation des enfants contribue à diminuer la délinquance juvénile. Mais comme dans toute institution scolaire publique en Haïti, Jean Obène à deux casquettes. Il est directeur administratif et pédagogique de l’école. Sa tâche est lourde, mais il est secondé par les professeurs et un comité de parents qui intervient surtout dans la gestion de la discipline de l’école. Le comité de parents est également associé dans la gouvernance et le suivi du projet « Timoun retounen lekòl »

Après Matthew, le chiffre des inscrits à l’école nationale de Castache s’élevait à 70. Aujourd’hui, 213 élèves fréquentent l’école après sa reconstruction, dont James, qui se rêve futur enseignant, et qui croit que l’école peut lui fournir non seulement les bagages nécessaires pour aider sa famille et sa communauté, mais aussi sa liberté de demain. Pour lui, alphabétiser les autres est une mission. Voici un avenir bien tracé…

Le projet Timoun Retounen Lekòl est une réponse d’urgence à la suite du passage de l’ouragan Matthew en Haïti. Il vise le retour durable des enfants à l’école dans le Grand Sud. Ce projet reçoit un cofinancement de 50% de la part de l’Agence Française de Développement et est réalisé par le consortium formé par Solidarité Laïque en Haiti, qui en assure le lead, Un enfant par la Main (UEPLM), Secours Français Islamique (SIF), Electricité sans Frontières (ESF), Coalition Haïtienne de Volontaires (COHAIV), Association des Techniciens Professionnels en Construction Moderne (ATPROCOM) et France Volontaires.  Solidarité Laique œuvre en Haiti contre la marchandisation de l’éducation et fait la promotion d’une scolarisation durable et de qualité à travers la réhabilitation ou reconstruction des écoles publiques dans la Grand’Anse.

Source : LoopHaiti.com

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